Équipe finance, RSE et achats travaillant sur un tableau de bord ESG pour le reporting de durabilité CSRD

CSRD, ESG et reporting de durabilité : quelles compétences développer après les évolutions réglementaires de 2026 ?

Mis à jour le 18 octobre 2026. Article sur la CSRD rédigé par l’équipe du CIDFP, organisme de formation professionnelle certifié Qualiopi. Il présente des repères réglementaires et ne remplace donc pas l’avis de votre commissaire aux comptes, de votre expert-comptable ou d’un juriste.

Depuis la directive Omnibus I de février 2026, la CSRD ne visera plus que les entreprises de plus de 1 000 salariés réalisant plus de 450 millions d’euros de chiffre d’affaires, une fois le texte transposé en France. La grande majorité des PME et ETI sortiront ainsi du champ de l’obligation légale. Pourtant, les besoins en compétences ESG ne disparaissent pas : les clients, les banques et les investisseurs continuent en effet de demander des informations de durabilité, tandis que les entreprises qui restent assujetties devront appliquer des normes ESRS révisées dès l’exercice 2027.

Cet article fait donc le point, à la date du 18 octobre 2026, sur ce qui est adopté, ce qui reste à transposer et ce qui relève encore du projet. Il propose ensuite une méthode pour identifier les compétences à développer, fonction par fonction.

En bref. La simplification réduit le nombre d’entreprises soumises à la CSRD, mais elle ne supprime ni la double matérialité, ni les attentes des partenaires économiques. Les compétences ESG restent par conséquent un enjeu de gestion, et pas seulement de conformité.

CSRD, ESG et reporting de durabilité : de quoi parle-t-on ?

La CSRD en quelques mots

La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) est la directive (UE) 2022/2464, publiée sur EUR-Lex. Elle oblige certaines entreprises à publier, dans leur rapport de gestion, des informations sur leurs impacts environnementaux et sociaux ainsi que sur les risques et opportunités de durabilité qui les concernent. Selon la Commission européenne, son objectif est de permettre aux investisseurs, à la société civile et aux consommateurs d’évaluer la performance de durabilité des entreprises, dans le cadre du Pacte vert européen.

RSE, ESG, reporting : trois notions distinctes

  • La RSE (responsabilité sociétale des entreprises) désigne la démarche globale par laquelle une entreprise intègre les enjeux sociaux et environnementaux à sa stratégie.
  • Les critères ESG (environnement, social, gouvernance) servent, quant à eux, à mesurer et à évaluer cette démarche, notamment pour les investisseurs.
  • Le reporting de durabilité consiste enfin à publier ces informations selon un cadre défini, obligatoire comme la CSRD ou volontaire comme la norme VSME.

Le lien entre la CSRD et les normes ESRS

La directive fixe le principe de l’obligation. En revanche, les normes européennes d’information en matière de durabilité, dites ESRS, précisent le contenu du rapport : quelles informations publier, et sous quelle forme. Ces normes sont adoptées par la Commission sous forme de règlements délégués, sur la base des travaux techniques de l’EFRAG. Ainsi, la fiabilité et la comparabilité des informations reposent à la fois sur la directive et sur ces normes.

Les évolutions de la CSRD en 2025 et 2026

Le cadre a fortement évolué en dix-huit mois. Pour s’y retrouver, il faut d’abord distinguer quatre niveaux : les textes européens adoptés, leur transposition en France, les normes techniques et, enfin, les projets encore en discussion.

1. La directive « stop-the-clock » : un report déjà appliqué en France

Adoptée au printemps 2025, cette première directive a reporté de deux ans les obligations des entreprises des vagues 2 et 3. La France l’a transposée par la loi DDADUE du 30 avril 2025, publiée au Journal officiel le 2 mai 2025. Par conséquent, les grandes entreprises de la vague 2 ne publieraient leur premier rapport qu’en 2028, sur l’exercice 2027, et les PME cotées en 2029, sur l’exercice 2028.

2. La directive Omnibus I : une CSRD recentrée, à transposer

La directive (UE) 2026/470 du 24 février 2026, publiée au Journal officiel de l’Union le 26 février et entrée en vigueur le 18 mars 2026, modifie en profondeur la CSRD. Elle prévoit notamment :

  • un champ recentré sur les entreprises de plus de 1 000 salariés et de plus de 450 millions d’euros de chiffre d’affaires net, ces deux critères étant cumulatifs ;
  • pour les groupes non européens, un seuil de 450 millions d’euros de chiffre d’affaires dans l’Union, ainsi qu’une filiale ou succursale européenne dépassant 200 millions d’euros ;
  • la sortie du champ des PME cotées et des sociétés holding financières qui se bornent à détenir des participations ;
  • un plafond pour la chaîne de valeur : une entreprise de 1 000 salariés au plus peut refuser de transmettre davantage que ce que prévoit la norme volontaire ;
  • l’abandon du passage à l’assurance raisonnable, l’assurance limitée étant toutefois maintenue ;
  • enfin, la fin des normes ESRS sectorielles obligatoires.

Attention cependant : une directive ne s’applique pas directement aux entreprises. Les États membres doivent en effet la transposer avant le 19 mars 2027. D’après le Portail RSE du Gouvernement, les nouveaux seuils pourraient réduire d’environ 80 % le nombre d’entreprises concernées, mais ils ne s’appliqueront qu’après transposition.

3. Les ESRS révisées : adoptées et publiées

La Commission a adopté le 3 juillet 2026 un règlement délégué révisant les ESRS. Publié au Journal officiel le 21 septembre 2026 sous le numéro (UE) 2026/1563, il entrera en vigueur le 10 novembre 2026. Les normes révisées s’appliqueront obligatoirement aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027, avec une application anticipée possible dès l’exercice 2026. Selon la Commission, elles réduisent de plus de 60 % le nombre de points de données obligatoires, tout en conservant la double matérialité. Par ailleurs, la Commission a adopté le même jour un règlement délégué instaurant une norme de reporting à usage volontaire.

4. En France : une transposition de la CSRD encore en cours

Le projet de loi d’adaptation au droit de l’Union (DDADUE), adopté par le Sénat le 18 février 2026, comporte des dispositions sur le reporting de durabilité. Il prévoit notamment de dispenser de rapport, pour l’exercice 2026, les entreprises de la vague 1 qui sortent du nouveau champ, comme la directive Omnibus le permet. Toutefois, ce texte était toujours en discussion à l’Assemblée nationale début octobre 2026. Tant qu’il n’est pas adopté, ces dispenses restent donc des projets, et le droit français actuel continue de s’appliquer.

Ce qu’en dit l’AMF pour les sociétés soumises à la CSRD

Dans une communication du 24 octobre 2025, l’Autorité des marchés financiers a rappelé aux sociétés cotées les priorités de l’ESMA. Elle insiste en particulier sur l’analyse de matérialité, jugée fondamentale, et sur le lien entre informations de durabilité et informations financières. L’AMF indique également qu’elle maintient en 2026 une approche pragmatique de la supervision, compte tenu d’un cadre encore en mouvement.

Quelles entreprises sont soumises à la CSRD en 2026 ?

Catégorie
Situation au 18 octobre 2026
Prochaine échéance
Vague 1 : grandes entités d’intérêt public de plus de 500 salariés
Rapport publié depuis 2025 sur l’exercice 2024, puis en 2026 sur l’exercice 2025
Exercice 2026 : dispense prévue par le projet de loi pour celles qui sortent du champ, non encore adoptée
Entreprises de plus de 1 000 salariés et de plus de 450 M€ de chiffre d’affaires
Restent dans le champ après Omnibus, sous réserve de la transposition
Premier rapport en 2028 sur l’exercice 2027, selon les ESRS révisées
Grandes entreprises sous ces seuils
Reportées par la loi du 30 avril 2025, puis appelées à sortir du champ
Sortie effective après transposition, au plus tard le 19 mars 2027
PME cotées
Également reportées, puis exclues par Omnibus
Sortie effective après transposition
Groupes non européens
Visés au-delà de 450 M€ de chiffre d’affaires dans l’UE, avec une entité européenne de plus de 200 M€
Premier rapport en 2029 sur l’exercice 2028
Autres PME et ETI
Aucune obligation légale de reporting CSRD
Norme volontaire possible, demandes des clients plafonnées

Sources : directive (UE) 2026/470, loi DDADUE du 30 avril 2025, Portail RSE et analyses publiées en octobre 2026. Les situations particulières, comme celles des filiales de groupes, méritent un examen au cas par cas.

Obligation légale ou demande commerciale ?

Il ne faut pas confondre les deux. Une PME qui n’est pas assujettie à la CSRD n’a aucune obligation légale de publier un rapport de durabilité. En revanche, elle peut recevoir des questionnaires ESG de ses clients, de sa banque ou de ses investisseurs, qui relèvent d’une relation contractuelle ou commerciale. Pour limiter ces demandes, la directive Omnibus plafonne d’ailleurs ce que les entreprises soumises à la CSRD peuvent exiger de leurs fournisseurs de 1 000 salariés au plus, une fois la transposition faite.

D’autres obligations restent par ailleurs indépendantes de la CSRD. Par exemple, le bilan des émissions de gaz à effet de serre réglementaire concerne toujours les entreprises de plus de 500 salariés en métropole, en application du Code de l’environnement.

Normes ESRS et double matérialité : les notions clés de la CSRD

Matérialité d’impact et matérialité financière

La double matérialité est au cœur des ESRS, y compris dans leur version révisée. D’une part, la matérialité d’impact examine les effets de l’entreprise sur les personnes et l’environnement. D’autre part, la matérialité financière examine les effets des enjeux de durabilité sur la situation financière de l’entreprise. Un sujet est donc à publier dès qu’il est important selon l’une ou l’autre de ces deux perspectives.

Un exemple concret

Prenons une entreprise industrielle grande consommatrice d’énergie. Ses émissions de gaz à effet de serre constituent d’abord un impact important sur le climat. Ensuite, la hausse du prix de l’énergie et du carbone représente un risque financier. Enfin, la sécurité de ses opérateurs sur les lignes de production est un enjeu social majeur. L’analyse de double matérialité conduit ainsi à retenir le climat, l’énergie et la santé-sécurité, mais pas nécessairement la biodiversité si l’activité y est peu liée.

Les grandes familles d’informations

Les ESRS s’organisent autour de normes transversales et de normes thématiques. Les thèmes environnementaux couvrent notamment le climat, la pollution, l’eau, la biodiversité et l’économie circulaire. Les thèmes sociaux portent sur les effectifs, les travailleurs de la chaîne de valeur, les communautés et les consommateurs. Enfin, la gouvernance traite de la conduite des affaires. En pratique, chaque entreprise ne publie que les informations jugées matérielles.

Identifiez vos besoins en compétences ESG. Avant de former vos équipes, vérifiez d’abord votre situation réglementaire et les demandes réelles de vos partenaires. Échangez avec un conseiller du CIDFP afin de définir les priorités par fonction.

Pourquoi les compétences ESG restent stratégiques malgré l’allègement de la CSRD

La simplification ne signifie pas la fin des enjeux. D’abord, les entreprises qui restent assujetties doivent maîtriser des normes révisées et fiabiliser leurs données avant l’exercice 2027. Ensuite, les entreprises sorties du champ continuent souvent de répondre aux questionnaires de leurs clients, de leurs banques ou des agences de notation. De plus, les risques climatiques, énergétiques ou sociaux pèsent sur l’activité, qu’il existe ou non une obligation de les publier.

Les besoins portent donc sur plusieurs savoir-faire : comprendre les exigences applicables, collecter et contrôler les données, coordonner les services, intégrer les risques dans la stratégie et communiquer de façon responsable, sans écoblanchiment. À l’inverse, il n’est pas utile que toutes les entreprises construisent un reporting complet : l’effort doit rester proportionné à leur situation.

Compétences CSRD et ESG : quelles priorités selon les métiers ?

Fonction
Compétences prioritaires
Dirigeants
Comprendre les enjeux de durabilité, identifier les risques et opportunités, puis les intégrer à la stratégie
Responsables RSE
Maîtriser les référentiels applicables, coordonner le reporting et piloter les indicateurs
Directions financières
Fiabiliser les données, organiser les contrôles et articuler informations financières et de durabilité
Ressources humaines
Comprendre les indicateurs sociaux, contribuer à la collecte et piloter le développement des compétences
Achats
Comprendre les enjeux de chaîne de valeur, dialoguer avec les fournisseurs et collecter les informations utiles dans le respect du plafond fixé par Omnibus
Managers opérationnels
Comprendre les objectifs ESG, mettre en œuvre les actions et suivre les indicateurs de leur périmètre

Ainsi, la direction financière joue un rôle croissant : l’AMF souligne en effet le lien attendu entre informations de durabilité et informations financières. De même, les achats sont en première ligne pour gérer les demandes adressées aux fournisseurs, dans un sens comme dans l’autre.

Comment construire un plan de formation CSRD et ESG : la démarche en 7 étapes

1. Identifier les obligations CSRD et les besoins réels

Vérifiez d’abord si votre entreprise reste dans le champ de la CSRD, puis recensez les demandes ESG reçues de vos clients, banques et investisseurs.

2. Évaluer les connaissances existantes

Un court questionnaire ou des entretiens permettent ensuite de mesurer le niveau de chaque fonction sur les notions clés : double matérialité, indicateurs, taxonomie ou bilan carbone.

3. Définir les compétences nécessaires par fonction

Le tableau ci-dessus sert alors de point de départ. Adaptez-le toutefois à votre secteur et à vos enjeux matériels.

4. Prioriser les formations

Commencez par les fonctions les plus exposées : en général la RSE, la finance et les achats. Les autres publics peuvent ensuite suivre une sensibilisation plus courte.

5. Construire des parcours adaptés

Par exemple, une PME non assujettie privilégiera une formation RSE pratique et la préparation aux questionnaires clients. Une ETI proche des seuils combinera plutôt une formation CSRD, un module sur le reporting ESG et un bilan carbone. Enfin, une grande entreprise assujettie formera ses équipes aux ESRS révisées et à la double matérialité avant l’exercice 2027.

6. Accompagner l’application des acquis

Prévoyez des mises en situation sur vos propres données, puis un point de suivi après la première campagne de collecte.

7. Mesurer les résultats et actualiser les compétences

Suivez enfin la qualité des données, les délais de production et les remarques des auditeurs ou des clients. Le cadre évoluant encore, une mise à jour annuelle des connaissances reste par ailleurs indispensable.

Se former à la CSRD avec le CIDFP

Le CIDFP, organisme certifié Qualiopi, propose plusieurs formations en inter, en intra ou sur mesure :

Pour les plus petites structures, la formation RSE pour TPE et PME propose par ailleurs une approche concrète, adaptée aux demandes des donneurs d’ordre.

FAQ : CSRD et compétences ESG en 2026

Mon entreprise est-elle encore soumise à la CSRD ?

Après transposition de la directive Omnibus I, seules les entreprises de plus de 1 000 salariés et de plus de 450 millions d’euros de chiffre d’affaires resteront concernées. En attendant, le droit français actuel continue toutefois de s’appliquer.

La directive Omnibus est-elle déjà applicable en France ?

Non. Elle est entrée en vigueur au niveau européen le 18 mars 2026, mais la France doit la transposer avant le 19 mars 2027. Le projet de loi correspondant était encore en discussion en octobre 2026.

Les ESRS ont-elles changé ?

Oui. Le règlement délégué (UE) 2026/1563, publié le 21 septembre 2026, révise les ESRS. Elles s’appliquent obligatoirement aux exercices ouverts à partir du 1er janvier 2027, avec une application anticipée possible dès 2026.

La double matérialité est-elle supprimée ?

Non. Les ESRS révisées la conservent : elle reste donc la méthode qui détermine le contenu du rapport de durabilité.

Une PME non assujettie doit-elle se former aux enjeux ESG ?

Elle n’y est pas obligée. Néanmoins, une formation ciblée l’aide à répondre aux questionnaires de ses clients et de sa banque, et à piloter ses propres risques.

Conclusion : une CSRD allégée, des enjeux intacts

La directive Omnibus I et les ESRS révisées allègent nettement le reporting de durabilité. Pour autant, les enjeux ESG demeurent, et les attentes des partenaires économiques aussi. Pour avancer, commencez donc par trois actions. D’abord, vérifiez votre situation au regard des nouveaux seuils et suivez la transposition française. Ensuite, recensez les demandes ESG réellement reçues. Enfin, formez en priorité les fonctions RSE, finance et achats, avant de sensibiliser les autres équipes.

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Sources officielles et références

Aller plus loin

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